Pourquoi c’est si flippant de parler de fantasmes ?
Avouons-le : parler de ses fantasmes, ça file autant la trouille que d’ouvrir son historique de navigation devant ses parents. Tu as peur d’être jugé·e, peur de décevoir, peur de passer pour un ou une taré·e… alors qu’en vrai, spoiler : presque tout le monde a des fantasmes, et beaucoup sont bien plus “basiques” que tu ne l’imagines.
Le problème, ce n’est pas le fantasme, c’est le silence. Tant que tu gardes tout dans ta tête, tu te crées un film où ton/ta partenaire réagit mal, te regarde de travers, prépare sa valise, etc. Bref, ton imagination te pourrit la vie… alors qu’en face, ton/ta partenaire est peut-être en train de se demander comment t’en parler aussi.
Parler fantasmes, c’est pas forcément tout réaliser. C’est surtout :
- mieux se connaître
- renforcer la confiance
- relancer le désir
- et parfois, découvrir que l’autre a les mêmes idées tordues que toi (et ça, c’est cadeau).
Avant d’ouvrir la bouche : faire un peu de ménage dans ta tête
Avant de balancer ton fantasme brut de décoffrage, genre “J’aimerais bien que tu m’attaches au radiateur pendant que le voisin nous regarde”, respire. Mets un peu d’ordre là-dedans.
Pose-toi ces questions :
- Est-ce un fantasme que j’ai juste envie d’imaginer, ou que j’ai réellement envie de tester ?
- Est-ce que c’est quelque chose que je veux avec cette personne en particulier, ou juste en théorie ?
- Est-ce que je serais capable d’entendre un “non” sans le vivre comme un rejet total ?
Tous les fantasmes ne sont pas faits pour être réalisés. Certains sont juste des films érotiques internes, et c’est très bien. Distinguer fantasme “pour le cerveau” et fantasme “à tester dans la vraie vie”, ça t’évite de mettre une pression de dingue sur ton/ta partenaire.
Choisir le bon moment (spoiler : pas en plein milieu d’une levrette)
Il y a des gens qui te diront : “Parle de tout pendant le sexe, c’est spontané, c’est romantique.” Non. Si ton fantasme sort un peu de la routine, évite de balancer ça pendant que l’autre est déjà en train de se concentrer sur son orgasme.
Moments à éviter :
- En plein acte, surtout si c’est radicalement différent de ce que vous faites d’habitude
- Juste après une dispute (mauvais timing, on n’est pas dans un porno réconciliateur)
- Quand l’un de vous est crevé, stressé, ou à deux doigts de s’endormir
Moments plus cool :
- Après un moment de tendresse ou un bon câlin, quand vous êtes déjà proches
- En discutant au calme, à la maison, sans distractions
- Lors d’une conversation sur vos envies en général : “Qu’est-ce que t’aimerais tester au lit, toi ?”
L’idée, c’est d’avoir un cadre safe, posé, où personne ne se sent pris de court ou obligé de dire oui dans la seconde.
Comment ouvrir le sujet sans faire flipper l’autre
Si tu lâches direct : “J’ai un fantasme, faut qu’on parle”, tu vas déclencher le mode alerte rouge dans son cerveau. Mieux vaut y aller en douceur.
Tu peux commencer par généraliser :
- “Je me demandais, t’as déjà eu des fantasmes que t’as jamais osé dire à quelqu’un ?”
- “Je lisais un article sur les fantasmes, ça disait que presque tout le monde en a. Toi, t’en as ?”
- “Ça te dirait qu’on parle un peu de ce qu’on aime au lit, ce qu’on aimerait tester ?”
En commençant par là, tu crées un terrain commun. Tu ne balances pas ton fantasme comme une bombe, tu ouvres une porte. Et si l’autre est à l’aise, tu pourras entrer dans le détail.
Parler de ton fantasme sans faire peser la pression
Quand tu en arrives à ton fantasme, ta façon de le présenter compte autant que le contenu. Ce que tu veux éviter, c’est que l’autre entende : “Si tu ne fais pas ça, tu ne me satisfais pas.”
Quelques phrases qui passent mieux que “J’ai besoin de ça” :
- “J’ai un fantasme que j’aime beaucoup imaginer, et j’aimerais te le partager, juste pour que tu me connaisses encore mieux.”
- “J’ai parfois ce scénario en tête, ça m’excite beaucoup, même si je ne sais pas encore si j’ai envie de le faire en vrai.”
- “Je n’attends pas forcément qu’on le réalise, mais j’aimerais pouvoir en parler avec toi, voir ce que tu en penses.”
Tu montres que :
- Ce fantasme fait partie de toi, mais ne résume pas toute ta sexualité
- Tu n’exiges rien, tu ouvres une discussion
- Tu respectes totalement un éventuel “non”
Garder la conversation dans une zone safe
Si tu veux que ton/ta partenaire ne soit pas mal à l’aise, tu dois poser très vite un cadre de sécurité. Quelques points à clarifier clairement :
- “Tu as le droit total de ne pas aimer, ou de ne jamais vouloir le faire.”
- “Le fait que tu dises non ne changera pas mon désir pour toi.”
- “On peut juste en parler, sans forcément que ça devienne un projet.”
Tu peux même proposer un code simple :
- Vert : ça m’attire
- Orange : à voir / à adapter
- Rouge : non, ça je ne veux pas
Ça évite les malentendus, les “je croyais que tu étais d’accord”, et les situations où l’autre se sent piégé ou obligé.
Et si ton fantasme implique du pouvoir, de la domination, ou des scénarios “sensibles” ?
Beaucoup de fantasmes tournent autour de la domination, de la soumission, de la mise en scène (prof/élève, patron/employé, etc.). Ce sont des thèmes qui peuvent mettre l’autre mal à l’aise, surtout si tu balances ça sans contexte.
Dans ce cas, il est crucial de préciser que :
- C’est du jeu, pas une réalité que tu veux dans la vie de tous les jours
- Tout se ferait uniquement si l’autre est vraiment partant·e
- Le consentement reste l’énorme base, du début à la fin
Par exemple :
- “J’ai parfois des fantasmes de domination, mais uniquement dans un cadre totalement consenti, safe et avec des limites claires.”
- “Ce qui m’excite, ce n’est pas l’idée de te manquer de respect, mais le jeu de rôle, le contraste, la confiance entre nous.”
Tu montres que tu ne sors pas ça de nulle part, que tu as réfléchi, que tu sais que ça peut être sensible, et que tu respectes la personne en face.
Réaction de l’autre : gérer le “wow” ou le “bof”
Ton/ta partenaire peut réagir de plusieurs façons, et tu dois être prêt·e à tout :
- Il/elle est curieux·se : “Raconte-moi plus en détail.” Là, vous pouvez explorer ensemble, poser des limites, imaginer des versions “soft”.
- Il/elle est hésitant·e : “Je ne sais pas trop quoi en penser.” Dans ce cas, laisse du temps. Propose : “Tu peux y réfléchir, on n’est pas pressés.”
- Il/elle n’aime pas du tout : “Ça ne me parle pas, je ne suis pas à l’aise avec ça.” Là, mission principale : rassurer.
Tu peux répondre, par exemple :
- “Merci de m’avoir répondu honnêtement, c’est exactement ce que je voulais : qu’on puisse en parler franchement.”
- “Ce n’est pas grave si ce n’est pas ton truc, ça ne change rien à ce que je ressens pour toi.”
- “On peut oublier cette idée-là, et peut-être trouver des choses qui nous allument tous les deux.”
L’objectif, ce n’est pas forcément de cocher ton fantasme sur ta to-do list, mais de montrer que vous pouvez tout vous dire sans exploser la relation.
Transformer le fantasme en terrain de jeu commun
Si ton/ta partenaire est partant·e, pas besoin de passer direct à la version hardcore. Vous pouvez commencer par des étapes :
- En parler pendant vos moments intimes, le décrire, le fantasmer ensemble
- Le tester en version ultra light (un détail, un accessoire, une ambiance)
- Mettre en place des mots ou signes pour arrêter immédiatement si l’un de vous ne le sent plus
Par exemple, si ton fantasme, c’est d’être attaché·e :
- Commencer par garder juste les mains doucement retenues
- Ne pas se lancer tout de suite dans un scénario complexe
- Débriefer après : “Qu’est-ce que tu as aimé ? Qu’est-ce qui t’a mis mal à l’aise ?”
En faisant ça progressivement, vous transformez ton fantasme en travail d’équipe, et pas en truc imposé.
Et si toi aussi, tu as peur d’être jugé·e ?
La peur du regard de l’autre, c’est souvent ce qui bloque tout. Tu te dis :
- “Il/elle va me trouver bizarre”
- “Ça veut dire quoi de moi, d’être excité·e par ça ?”
- “Et si je cassais l’image qu’il/elle a de moi ?”
Rappelle-toi :
- Un fantasme ne définit pas ta valeur, ni ta morale, ni ton amour pour l’autre
- Tu restes aux commandes : tu peux décider d’en parler en version soft, sans tout détailler
- Tu as aussi le droit de garder certains fantasmes pour toi, si tu les sens trop intimes ou trop perso
Parler de ses fantasmes, ce n’est pas tout balancer sans filtre. C’est choisir ce que tu veux partager pour nourrir votre intimité, pas pour te mettre à nu sans limite.
Le vrai cadeau derrière ces conversations
Au final, discuter fantasmes, c’est surtout une manière de dire à l’autre :
- “Je te fais assez confiance pour te montrer cette partie de moi.”
- “Je préfère que ce soit toi qui connaisses mes envies plutôt que mon moteur de recherche.”
- “Je veux que notre sexualité soit un terrain de jeu, pas une routine automatique.”
Même si vous ne réalisez jamais le fantasme en question, vous gagnez :
- Plus de complicité
- Plus de liberté de parole
- Moins de honte autour du désir
Et ça, c’est ce qui fait la différence entre une sexualité “correcte” et une sexualité vivante, qui vous ressemble. Tu n’as pas besoin d’être parfait·e, ni ultra libéré·e. Tu as juste besoin d’oser ouvrir la bouche… avec respect, humour, et la certitude que le désir, ça se parle autant que ça se pratique.
